Demain, notre association : 2 – Deux succès

Cet article est à paraître dans le bulletin n°2 de 2016 de l’Association des élèves et anciens élèves des ENS de Lyon, Fontenay-aux-Roses et Saint-Cloud. Je le publie sur ce site en février et mars 2017 pour permettre une dissémination rapide et un référencement aisé auprès des adhérents de l'association. L'article devrait être supprimé de ce site après ces dates.


« Les écrivains n’inventent jamais rien.[1] » Ce ne sont pas les seuls ! Nos organisations doivent beaucoup à ceux qui savent comprendre ce qui se passe autour d’eux, l’abstraire, le rationaliser au besoin puis l’appliquer à de nouveaux contextes. Peut-on en faire autant pour notre association plus que centenaire ?

 

Je vous propose de prolonger le constat publié dans le précédent bulletin. Je notais alors les énormes efforts déjà réalisés par notre association, ses Présidents, et son Conseil d’Administration pour se réformer. Mais, pendant ce temps, notre environnement évolue très vite, à tel point que le chemin qui reste à parcourir semble toujours plus long que ce qui a déjà été fait. La richesse de notre association est dans la diversité des origines et des parcours de chacun. J’ai choisi les deux exemples suivants avec l’espoir que leur analyse alimente notre réflexion collective.

 

Mon premier exemple est celui de l’industrie musicale. Dans le passé, cette industrie a tiré la majeure partie de ses profits de la vente de supports physiques. Depuis 2010 en France, le chiffre d’affaire du spectacle vivant (de l’anglais live) est passé au dessus de celui de la musique enregistrée alors que les supports physiques ne représentent que 64% de ce dernier marché en 2015.  

 

Ce nouvel ordre répond aussi à une critique souvent énoncée : certaines activités nous rassemblent physiquement alors que d’autres nous isolent, comme écouter un morceau de musique avec un casque sur les oreilles. Il est vrai que les contacts à distance avec des amis virtuels par le truchement de nos objets connectés semblent nous couper de celles et ceux qui nous entourent.

 

Il convient de nuancer ce constat. Le marché du support physique n’est pas mort. Il représente encore 274 M€ en 2015. Mais nos motivations d’achat ont beaucoup évolué. Que ce soit un disque ou un livre, nous choisissons de plus en plus souvent un élément d’affirmation sociale, un objet de collection ou à offrir. L’importance du support physique comme vecteur de l’information a grandement diminué.

 

Mon second exemple est celui de Meetup avec comme cas d’étude concret un groupe d’expatriés français de Washington DC, que j’ai vu fonctionner de 2012 à 2015. Son activité principale est de mettre en place chaque mois une rencontre suivie d’un dîner pour ceux qui le désirent. Ce groupe de plus d’un millier de membres est sous la responsabilité de cinq organisateurs avec plus de 160 événements mis en place à ce jour. Cependant, l’animation d’une rencontre est régulièrement déléguée à un volontaire, parmi les membres habitués du groupe. Ce processus est robuste car les présents peuvent suppléer d’éventuels manques d’expérience. Il arrive aussi souvent que quelques organisateurs du groupe participent aux événements qu’ils n’organisent pas. Ils ont alors l’esprit plus léger pour profiter pleinement des discussions entre présents.

 

Dans la pratique, nombre de groupes Meetup se comportent comme des associations sans avoir jamais éprouvé le besoin de le devenir. Le modèle classique d’association que nous connaissons est basé sur l’engagement d’un petit groupe, souvent réuni au sein du Bureau ou du Conseil d’Administration. Ce groupe est en charge d’organiser l’ensemble des activités de l’association. Il dispose aussi de moyens de communication afin que son travail ne demeure pas lettre morte.

 

Meetup fournit un moyen de communication dissocié des activités proposées aux membres. Le groupe qui organise ces activités peut ainsi évoluer beaucoup plus facilement. Il lui suffit de s’entendre sur des valeurs et des normes communes pour recruter des nouveaux entrants ou des organisateurs ponctuels. Ceux-ci peuvent être aussi nombreux que nécessaire pour répondre à la croissance des activités du groupe, remplacer les partants ou encore suppléer à l’engagement réduit de certains.

 

Encore mieux, Meetup permet des prises de décisions décentralisées et donc potentiellement plus proches de groupes, petits et grands, de membres basés sur les affinités ou la localisation. En mettant chaque membre en capacité d’organiser des événements, la plateforme électronique encourage la prise d’initiative et un fonctionnement basé sur la confiance et la validation a posteriori. Enfin Meetup unifie dans un même medium la communication préparatoire aux événements et la publication des comptes rendus. Cela favorise la construction au fil de l’eau d’une archive proche des événements, par et pour tous les membres.

 

Je vous présenterai dans un troisième volet comment ces éléments peuvent nous donner des pistes concrètes pour continuer à faire évoluer notre association. D’ici là, je vous invite à me faire part de vos réactions.


Marc Daumas (S LY 1989)

 

Références :

·      Les Echos, Martine Robert (21/05/2013), Analyse : les nouveaux industriels du spectacle vivant

·      Syndicat National de l'édition Phonographique, L’Economie de la Production Musicale, édition 2016

·      The Washington DC French Expat Meetup Group http://www.meetup.com/expatfrench-16/



[1] Honoré de Balzac (1835), note finale de « La fille aux yeux rouges ».

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