Demain, notre association : 1 – Le constat

Cet article est paru dans le bulletin n°1 de 2016 de l’Association des élèves et anciens élèves des ENS de Lyon, Fontenay-aux-Roses et Saint-Cloud. Je le publie sur ce site en février et mars 2017 pour permettre une dissémination rapide et un référencement aisé auprès des adhérents de l'association. L'article devrait être supprimé de ce site après ces dates.


Le 9 avril dernier, comme à chaque fois que je participe à une Assemblée Générale de notre association, mon premier réflexe a été de féliciter les membres présents et passés du Conseil d’Administration pour le travail de réforme de notre association réalisé sous les présidences de François Louveaux (L SC 1974), Stanie Sivrais (S FT 1967) et Christine de Buzon (L FT 1971). L’ampleur des tâches restant à accomplir m’incite aussi à les encourager pour qu’ils continuent tous à donner le meilleur d’eux-mêmes, voire même toujours plus. Le terme est galvaudé, mais je me demande si nous ne sommes pas aux portes d’une révolution copernicienne dont nous n’avons pas encore pleinement saisi l’ampleur.

 

La génération de l’immédiat après-guerre ne perçoit pas notre Ecole réunifiée comme les plus jeunes. La France de cette époque était fortement stratifiée avec par exemple seulement 20% de bacheliers dans la classe d’âge de 1970. Être admis dans une ENS, et particulièrement l’une des nôtres, donnait aux heureux élus l’impression de crever les plafonds. Impression d’autant plus enivrante que le recrutement strict n’était basé que sur le mérite. Ces générations ont porté notre association avec la noble idée de rendre à la communauté une partie de ce qui leur avait été donné, le jour où ils étaient montés dans l’ascenseur social.

 

Depuis, la société française a évolué. Ses cloisons n’ont pas disparu, mais elles sont devenues élusives et surtout fortement poreuses. Pour nos camarades, l’ascenseur s’est transformé en un long escalier qu’ils empruntent avec une préparation de grande qualité certes, mais en compagnie d’une part importante de leur tranche d’âge. Ils ont ainsi l’impression de devoir leur ascension principalement à leurs efforts tout au long de leur vie. Dans ce contexte, l’attente de nos camarades envers notre association semble en premier porter sur une aide dans leurs projets individuels. Une demande bien éloignée de la générosité des générations précédentes, même si l’on se rend vite compte qu’il s’agit d’une vision réductrice.

 

A ce point, j’ai conscience de ne rien avoir écrit qui méritait un peu de votre temps ou du mien. Mais d’autres évolutions profondes sont en cours, pendant que nous semblons nous focaliser principalement sur ce qui précède. La solidarité nationale permet aujourd’hui l’accès pour le plus grand nombre au minimum vital en matière d’abri, de nourriture et d’énergie. Les médias gratuits ou institutionnels, dont la télévision et Internet, donnent un accès illimité pour tous, à toutes les formes de cultures et de savoirs. Depuis l’aube de l’humanité, la (sur)vie était organisée autour de la rareté des biens. Nous entrons dans l’ère de l’abondance à la base de l’idée marxiste.

 

Cela ne vous aura pas échappé, mais ce changement n’a résolu des problèmes que pour en créer de nouveaux. La question n’est plus de s’alimenter, mais ce que l’on mange. Elle  n’est plus d’avoir accès à la culture, mais à quels contenus on accède. Elle n’est plus d’acheter un journal ou un livre, mais que chacun puisse faire les choix éclairés qui lui correspondent. Est-ce que l’on nous présente de la verroterie pour vendre du « temps de cerveau disponible ? » Sommes nous des produits ou des instances de stéréotypes de consommateurs boulimiques façonnés par l’industrie et les marchands ?

 

Dans le même temps, nos camarades peuvent exprimer leur générosité, leur solidarité et développer leur sentiment d’appartenance à un groupe par des moyens nombreux et variés, tant comme bénévoles que comme adhérents. Rien ne peut plus être considéré comme un objectif premier et essentiel, même pas faire entrer les cotisations. Des associations de premier plan sont alimentées par des mécènes ou bien elles facturent des services pour mener leurs actions. D’autres associations vivent avec parcimonie de petits dons sporadiques. Dans le même temps, Internet a vu l’émergence de nombreux groupes représentatifs et influents qui ne sont même pas organisés en associations.

 

La question à laquelle nous devons répondre en premier est donc ce que nous voulons réaliser. La seconde est de mettre en adéquation nos besoins avec nos moyens tout en respectant nos valeurs. Les moyens sont à la fois financiers et humains. Les besoins prennent en compte les procédures de décision et de gestion que nous nous imposons en accord avec la réglementation. Car tout cela correspond à des efforts à déployer. J’ai récemment été élu au Conseil d’Administration d’une fédération nationale d’associations. Reconnue d’utilité publique, le budget annuel de la seule fédération tourne autour de 4 M€, sans compter les associations fédérées. Je me désespère cependant de la lourdeur de certaines procédures alors que des personnes isolées changent la vie et mènent des actions que nous n’arrivons même pas à évoquer au Conseil d’Administration, par manque de temps, englués que nous sommes dans l’importance toute relative des tâches qui nous incombent !

 

C’est un paradoxe, mais il me semble que réformer rapidement et significativement une grande et vieille association comme la nôtre depuis son Conseil d’Administration est une gageure. Nos camarades ont des compétences rares, une vaste culture et des talents exceptionnels mais ils sont totalement absorbés par la satisfaction des besoins opérationnels au jour le jour. Je reviendrai sur ce point dans de prochains articles de notre bulletin, mais l’usage des nouvelles technologies apporte des solutions à ce problème qui semble être généralisé dans le tissu associatif.

 

Je connais bien notre association. J’ai adhéré en 1989 à mon entrée à l’Ecole. J’ai fait partie de son Conseil d’Administration de 2008 à 2014 même si j’ai été principalement actif et présent dans la première partie de cet intervalle. Face aux évolutions de notre société, il est important d’agir, ce que fait notre Conseil d’Administration. En tant qu’adhérents, nous pouvons aussi réfléchir ensemble et échanger sur le futur. N’oublions pas que nos forces sont dans nos capacités d’analyse, de synthèse et de pédagogie.

 

Marc Daumas (S LY 1989)

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